24
Murmures dans la nuit

 

Roran ouvrit les yeux et fixa le toit incurvé de la tente.

Une pâle lumière grise filtrait à l’intérieur, privant les objets de couleur, les transformant en ombre de ce qu’ils étaient de jour. Il frissonna. Pendant son sommeil, les couvertures avaient glissé et son torse nu était exposé à l’air froid de la nuit. Il les remonta, s’aperçut que Katrina n’était plus auprès de lui.

Assise près de l’entrée, enveloppée dans une cape, elle fixait le ciel. Ses longs cheveux en désordre tombaient au creux de ses reins.

À sa vue, l’émotion noua la gorge de Roran. Traînant les couvertures avec lui, il alla s’asseoir à côté d’elle, lui entoura les épaules de son bras, et elle se blottit contre lui, sa joue tiède contre sa poitrine. Il effleura son front d’un baiser. Pendant un long moment, il contempla les étoiles avec elle, écouta sa respiration régulière. Dans le monde endormi, le contrepoint de leurs deux souffles était le seul bruit perceptible.

Enfin, elle murmura :

— Les constellations sont différentes ici. Tu as remarqué ?

— Oui.

Ôtant le bras de ses épaules, il lui enlaça la taille, posa la main sur son ventre qui s’arrondissait :

— Qu’est-ce qui t’a réveillée ?

Elle frissonna :

— Je réfléchissais.

— Ah.

Elle se tourna pour le regarder. Ses prunelles reflétaient la lumière des étoiles.

— Je pensais à toi, à nous… à notre avenir ensemble.

— De bien lourdes pensées à cette heure tardive.

— Maintenant que nous sommes mariés, comment comptes-tu pourvoir à mes besoins et à ceux de notre enfant ?

Il sourit :

— C’est donc là ce qui t’inquiète ? Nous avons assez d’or pour que vous ne mouriez pas de faim. Et puis, les Vardens assureront toujours le gîte et le couvert aux cousins d’Eragon. Même s’il devait m’arriver malheur, ils continueraient de veiller sur toi et sur l’enfant.

— Certes. Mais toi, qu’est-ce que tu comptes faire ?

Perplexe, il scruta ses traits pour tenter de comprendre ce qui la troublait :

— Je vais aider Eragon à gagner cette guerre pour que nous puissions retourner dans la vallée de Palancar et nous y installer sans crainte que les soldats nous emmènent captifs à Urû’baen. Que veux-tu que je fasse d’autre ?

— Donc, tu vas te battre pour les Vardens.

— Naturellement.

— De même que tu te serais battu aujourd’hui si Nasuada te l’avait permis ?

— Oui.

— Et notre bébé, alors ? Une armée en campagne n’est pas le cadre idéal pour élever un enfant.

— Nous ne pouvons pas fuir et nous cacher, Katrina. À moins que les Vardens réussissent à le vaincre, Galbatorix nous retrouvera et nous tuera, ou il retrouvera nos enfants pour les tuer, ou les enfants de nos enfants. Et je doute que les Vardens remportent la victoire si chacun ne fait pas le maximum pour les aider.

Posant l’index sur les lèvres de Roran, elle déclara :

— Tu es mon unique amour. Aucun autre homme ne prendra mon cœur. Je m’efforcerai de t’alléger la tâche. Je cuisinerai tes repas, je raccommoderai tes vêtements, je nettoierai ton armure… Mais dès que le bébé viendra au monde, je quitterai cette armée.

Il se raidit :

— Tu partirais ! C’est de la folie ! Où irais-tu ?

— À Dauth, peut-être. Dame Alarice nous a offert l’asile, souviens toi. Certains des nôtres y sont restés, je n’y serais pas seule.

— Si tu crois que je vais te laisser traverser l’Alagaësia avec notre bébé, tu te…

— Chut. Ne crie pas.

— Je ne crie pas !

— Si. Tu cries.

Prenant les mains de son époux entre les siennes, elle les pressa contre son cœur :

— Nous ne sommes pas en sûreté ici. S’il n’y avait que nous deux, j’accepterais les risques. Pas avec un tout petit. Je ne veux pas voir mourir notre enfant. Je t’aime, Roran, je t’aime plus que tout au monde, mais l’enfant passe avant nos désirs personnels, ou nous ne méritons pas le titre de parents.

Les larmes brillaient dans ses yeux :

— N’est-ce pas toi qui m’as convaincue de quitter Carvahall pour me cacher dans la Crête quand les soldats ont attaqué ? Eh bien, c’est pareil aujourd’hui.

La vision de Roran se brouilla au point qu’il voyait danser les étoiles :

— Je préférerais perdre un bras plutôt que d’être à nouveau séparé de toi.

Katrina se mit alors à pleurer pour de bon.

— Je ne veux pas te quitter non plus, hoqueta-t-elle entre deux sanglots.

Il resserra son étreinte, la berça contre lui et, lorsqu’elle se fut calmée, il lui murmura à l’oreille :

— Je donnerais un bras pour que nous ne soyons plus séparés, mais je mourrais plutôt que de laisser qui que ce soit te faire du mal… à toi ou à notre enfant. Si tu dois partir, n’attends pas. Pars pendant que tu es encore en état de voyager.

Elle secoua la tête :

— Non. Je veux Gertrude pour sage-femme. Je n’ai confiance qu’en elle. Et puis, en cas de difficultés, j’aime autant être ici où il y a des magiciens qui savent guérir.

— Tout se passera bien, ne t’inquiète pas. Dès que le bébé sera né, tu iras à Aberon, pas à Dauth. Les risques d’attaques y sont moins grands. Et, si Aberon devient trop dangereuse, tu iras dans les Beors vivre chez les nains. Et, si Galbatorix s’en prend aux nains, tu rejoindras les elfes dans le Du Weldenvarden.

— Et, si Galbatorix s’en prend aux elfes, je volerai jusqu’à la Lune pour élever notre enfant parmi les esprits qui habitent le ciel.

— Et ils s’inclineront devant toi, ils feront de toi leur reine, car tu le mérites.

Elle se blottit contre lui.

Ensemble, ils regardèrent les étoiles disparaître une à une, chassées par les premières lueurs de l’aube. Lorsqu’il ne resta plus que l’étoile du matin, Roran rompit le silence :

— Tu sais ce que ça veut dire, n’est-ce pas ?

— Quoi ?

— Il faut maintenant que je veille à ce que nous tuions tous les soldats de Galbatorix jusqu’au dernier, que nous prenions toutes les villes de l’Empire, que nous vainquions Murtagh et son dragon perverti et que nous décapitions le tyran avant la naissance du bébé. Ainsi, tu n’auras plus besoin de t’en aller.

Après quelques instants, elle répondit :

— Si tu y arrivais, j’en serais très heureuse.

Ils s’apprêtaient à regagner leur lit quand un bateau miniature, tressé de brins d’herbe sèche, apparut dans le ciel rougeoyant. Il passa devant leur tente, tanguant sur des vagues invisibles. Avec sa proue en forme de tête de dragon, il parut les regarder.

Roran et Katrina s’immobilisèrent.

Tel un être vivant, le bateau fila de l’autre côté du sentier qui longeait leur tente, s’éleva, puis tourna brusquement, suivant une phalène solitaire. Quand le papillon de nuit s’échappa, le bateau revint vers eux pour s’arrêter devant Katrina, à quelques pouces de son visage.

Roran songeait à l’attraper, il hésitait. Avant qu’il se décide, la frêle embarcation s’envola en direction de l’étoile du matin pour s’évanouir dans l’océan du ciel, les laissant tous deux émerveillés.

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